Emma
« Le train à destination de Hambourg va entrer en gare. Veuillez vous écarter de la bordure du quai. »
Obéissante, je tirai mon imposante valise et m'écartai de la ligne jaune. Je tenais à arriver en un seul morceau. Le bruit du convoi fit trembler le sol et je vis le premier wagon. Il me passa devant le nez à toute vitesse et je compris pourquoi il valait mieux se tenir à distance du bord du quai. Les portes s'ouvrirent et j'entrai en traînant mes bagages derrière moi, peinant à soulever ma valise. Je cherchai ma place et m'installai, posant ma guitare sur le siège à côté de moi. Quand le train redémarra, je vis que toutes les places étaient occupées à part la mienne et « celle de ma guitare », ce qui me fit rire.
* * *
« Der Zug aus Straßburg wird in den Bahnhof hineingehen. »
Déjà à Stuttgart ? Je n'avais pas vu le temps passer, plongée dans un roman de Thomas Mann. Je repoussai une mèche de cheveux qui barrait mon visage, quand une voix m'interpella :
« Excuse-moi, cette place est déjà prise ? »
Devant moi se tenait un jeune homme androgyne aux longs cheveux bruns, un sourire à tomber par terre et un regard à faire fondre la quasi-totalité du Pôle Nord. J'essayais de retenir ma mâchoire de s'écraser au sol.
- Non, non, répondis-je en enlevant ma guitare du siège à côté de moi.
- Merci, fit-il en s'asseyant. Comment est-ce que tu t'appelles ?
- Emma, et toi ?
Regard étonné. Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Bill, enchanté. Tu es d'où ?
- D'un petit village perdu dans la campagne, en France.
- Tu es française ? J'aurais pas deviné ! Tu n'as presque pas d'accent !
- En fait, je suis trilingue. Et j'ai passé déjà six mois en Allemagne chez une correspondante.
- Je suis nul en langues, me dit-il en riant. Tu as quel âge ?
- Dix-huit ans. Et toi ?
- Dix-huit pour l'instant, dix-neuf dans une semaine.
- Quand ?
- Premier septembre.
- Le jour de ma rentrée !
- Tu viens faire tes études en Allemagne ?
- Oui, j'aimerais devenir photographe. Et comme j'adore l'Allemagne, j'ai trouvé le moyen pour que les deux soient compatibles. Il me reste juste à trouver un appart' à Hambourg, près de l'Université.
- Ouah ! Quelle organisation ! Je suis impressionné.
Nous continuâmes à discuter, faisant une pause à midi pour déjeuner au wagon-restaurant. Il n'avait pas sa langue dans sa poche, et moi non plus. Les conversations furent animées de fous rires et je fis la moue quand il m'annonça qu'il descendait au prochain arrêt, Magdebourg.
« Der Zug aus Stuttgart wird in den Bahnhof hineingehen. »
- Bon, et bien je vais y aller, fit-il en enfilant sa veste. Bon voyage jusqu'à Hambourg !
- Merci. C'était très sympa de parler avec toi.
Je le regardai descendre tandis qu'il agitait sa main pour me dire au revoir. C'est à ce moment que je me rendis compte que j'avais oublié de lui demander son numéro de portable. La dernière image que j'eus de lui, avant qu'il disparaisse de mon champs de vision, fût son regard si particulier, et si... mystérieux.
* * *
Cher Journal,
Je viens d'arriver à l'hôtel. La chambre est vraiment petite, la chasse d'eau ne fonctionne pas très bien et la seule vue que j'ai depuis ma fenêtre, c'est une voie de chemin de fer abandonnée. Malgré tout, je suis très heureuse. Et puis cette chambre est provisoire, dès demain, je cherche un appartement. Aujourd'hui, j'ai rencontré un garçon très sympathique qui s'appelle Bill. Nous avons beaucoup discuté dans le train. Il m'a parlé de sa passion pour la musique, de son frère jumeau et m'a fait rire à ne plus pouvoir m'arrêter. Il est vraiment gentil et marrant. Et très mignon, j'avoue. C'est vraiment bête que j'aie oublié de lui demander son numéro, j'aurais aimé garder contact.
Je me sens déjà bien ici, je suis libre comme l'air. C'est une sensation merveilleuse. J'ai pris beaucoup de photos : des panneaux de signalisation, la campagne allemande, ma minuscule chambre d'hôtel, le centre de Hambourg en soirée... Ça m'inspire beaucoup. Il est déjà onze heures et demie, donc je vais aller me coucher. Je suis morte de fatigue, et demain matin je dois me lever tôt. J'ai hâte de m'installer dans mon premier vrai « chez moi ».
Je viens d'arriver à l'hôtel. La chambre est vraiment petite, la chasse d'eau ne fonctionne pas très bien et la seule vue que j'ai depuis ma fenêtre, c'est une voie de chemin de fer abandonnée. Malgré tout, je suis très heureuse. Et puis cette chambre est provisoire, dès demain, je cherche un appartement. Aujourd'hui, j'ai rencontré un garçon très sympathique qui s'appelle Bill. Nous avons beaucoup discuté dans le train. Il m'a parlé de sa passion pour la musique, de son frère jumeau et m'a fait rire à ne plus pouvoir m'arrêter. Il est vraiment gentil et marrant. Et très mignon, j'avoue. C'est vraiment bête que j'aie oublié de lui demander son numéro, j'aurais aimé garder contact.
Je me sens déjà bien ici, je suis libre comme l'air. C'est une sensation merveilleuse. J'ai pris beaucoup de photos : des panneaux de signalisation, la campagne allemande, ma minuscule chambre d'hôtel, le centre de Hambourg en soirée... Ça m'inspire beaucoup. Il est déjà onze heures et demie, donc je vais aller me coucher. Je suis morte de fatigue, et demain matin je dois me lever tôt. J'ai hâte de m'installer dans mon premier vrai « chez moi ».
Die-Engel-unserer-Herzen ©


